LE PATIENT AU CŒUR DES AVANCÉES DE LA RECHERCHE

Recherche Mis en ligne le 5 décembre 2015
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Le Centre d’investigation clinique (CIC) est une passerelle exceptionnelle entre recherche et soins qui permet de gagner un temps précieux face à la maladie et d’offrir plus vite des traitements innovants aux millions de malades souffrants de maladies du cerveau et de la moelle épinière.

A la différence des laboratoires habituels, les recherches au sein du CIC sont effectuées chez l’homme sain et malade avec un double objectif : comprendre les mécanismes des maladies et évaluer l’efficacité de nouveaux médicaments au stade précoce de leur développement. De telles recherches ne peuvent s’effectuer qu’avec le concours des malades et de volontaires sains qui acceptent de participer aux divers protocoles. Le CIC a été ainsi à l’origine de plusieurs avancées scientifiques pour améliorer la compréhension et la prise en charge thérapeutique de diverses affections du système nerveux (maladie de Parkinson, sclérose en plaques, ataxies cérébelleuses, maladie d’Alzheimer,…).

Vous trouverez dans ce dossier : les missions, le cadre juridique et l’organisation du CIC ; les recherches en cours et le moyen d’y participer en tant que malade ou volontaire sain ; le résultat des principaux travaux scientifiques publiés au cours des dernières années.

En 2014, 77 études étaient en cours au sein du Centre d’Investigation Clinique – CIC de l’ICM. Les thématiques développées étaient la maladie de Parkinson et mouvements anormaux, la sclérose en plaques, les démences, la neurogénétique, la neuropsychiatrie, la sclérose latérale amyotrophique, les neuropathies périphériques, l’épilepsie ou d’autres maladies neurologiques.

Le Pr. Jean-Christophe Corvol, Directeur du CIC de l’ICM, vous présente le Centre d’Investigation Clinique

Le CIC en quelques chiffres :

  • 2 médecins
  • 6 infirmières de recherche
  • 3 aides-soignantes
  • 2 techniciens de laboratoire
  • 2 chefs de projet
  • 2 techniciennes d’étude clinique
  • 1 interne en pharmacie
  • 6 lits d’hospitalisation
  • 8 fauteuils d’hôpital de jour
  • 4 boxes de consultation
  • 1 laboratoire pour le stockage et l’analyse des échantillons biologiques
  • Des contacts quotidiens avec 600 chercheurs

 

Crédit photos © Jean-Philippe Parienté pour l’ICM

Crédit photos © Jean-Philippe Parienté pour l’ICM

LES FAITS MARQUANTS

Maladie de Parkinson : La stimulation cérébrale profonde du noyau subthalamique est un traitement ayant un effet bénéfique sur les symptômes moteurs de la maladie de Parkinson. Cependant, ce traitement n’améliore pas les troubles de l’équilibre et les chutes. Une étude thérapeutique conduite au CIC par une équipe de l’ICM (Carine Karachi et David Grabli) montre que la stimulation d’une autre cible cérébrale profonde, le noyau pedonculopontin (NPP), permettait d’améliorer les troubles de la marche et de l’équilibre, résistants au traitement médicamenteux, chez certains patients. L’étude, réalisée en double-aveugle sur six patients, met en évidence une diminution du « freezing » et des chutes pour trois d’entre eux ainsi qu’une amélioration de leur contrôle postural et de leur qualité de vie. Ces résultats très encourageants ouvrent la voie au développement de nouveaux traitements pour des formes sévères de la maladie de Parkinson. Ils doivent toutefois être tempérés compte tenu des complications chirurgicales, mises en évidence dans cet essai. A la suite de cette étude, un financement de la Fondation Michael J. Fox a été obtenu pour mettre en place d’un essai thérapeutique de plus grande envergure ayant pour cible le NPP. Le CIC participe aussi à l’évaluation de nouveaux traitements médicamenteux pour la maladie de Parkinson. Des études sur des médicaments luttant contre les complications motrices de la maladie (fluctuations motrices, dyskinésies) ont ainsi été terminées ou sont en cours (Jean-Christophe Corvol). Par ailleurs, les traitements actuels ne sont pas efficaces sur les symptômes dits « non moteurs » de la maladie tels que les troubles cognitifs, les troubles du sommeil, les troubles du comportement, les atteintes du système nerveux autonome, etc. Des études sont menées au CIC pour mieux comprendre ces symptômes. Par exemple, une étude d’imagerie très fine du tronc cérébral a révélé les structures impliquées dans les troubles du sommeil et de l’équilibre présents chez certains patients (Marie Vidailhet et Isabelle Arnulf). Un essai thérapeutique est également en cours pour tenter d’améliorer l’hypersalivation (Marie Vidailhet). Enfin, un effort important est fourni pour progresser dans la personnalisation du traitement grâce aux progrès de la génétique : une cohorte de plus de 400 patients est actuellement suivie au CIC pour identifier des facteurs prédictifs et une étude est en cours chez 400 patients dont la moitié souffre de troubles du comportement induits par le traitement de la maladie de Parkinson (agonistes dopaminergiques). Le défi majeur des prochaines années est de pouvoir stopper l’évolution de la maladie, voire même de prévenir l’apparition des symptômes chez les sujets à risque. L’étape actuelle est toujours la recherche de biomarqueurs permettant de suivre la progression de la maladie ou de marqueurs précédents l’apparition des symptômes. Une étude sur une cohorte de près de 300 patients vient de
débuter au CIC pour relever ce défi (Jean Christophe Corvol et Marie Vidailhet). Cet effort est réalisé en collaboration avec des partenaires européens (Suède, Allemagne, Espagne, projet AETIONOMY) et américains (Fondation Michael J Fox). Un essai thérapeutique testant l’efficacité du venin d’abeille comme traitement neuro-protecteur a été mené à bien et les résultats sont en cours d’analyse (Andreas Hartmann). De plus, plusieurs nouveaux médicaments à potentiel neuroprotecteur ont été testés ex vivo sur du sang prélevé chez des sujets parkinsoniens, ou à risque de développer la maladie, en partenariat avec les industries du médicament.

Neurogénétique : L’ICM (Alexis Brice et Suzanne Lesage) s’est mobilisé au sein d’un consortium international ayant pour ambition commune de définir le profil génétique de la maladie de Parkinson. Ce projet a permis d’avoir accès au séquençage de l’ensemble des gènes (whole exome) chez des milliers de patients parkinsoniens et d’identifier récemment six nouveaux facteurs de risque génétique pour la maladie de Parkinson. En effet, les travaux mettent en évidence 24 facteurs de risque génétique impliqués dans la maladie dont 6 n’avaient encore jamais été décrits. Ce grand pas dans l’histoire de la pathologie neurodégénérative de Parkinson est le résultat de la méta-analyse de toutes les “études d’association pangénomique” existantes, réalisées à partir des données de plus de 100 000 individus. Par ailleurs, l’étude de ces données dans des familles de patients suivis à la Pitié-Salpêtrère par l’équipe de neurogénétique permettra d’identifier de nouveaux gènes responsables de la maladie, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.

Maladie d’Alzheimer : Le premier essai thérapeutique visant à prévenir l’apparition de la maladie d’Alzheimer est en cours (Bruno Dubois, Isabelle Le Ber). Il s’agit d’un partenariat industriel et académique international ayant pour objectif de tester l’efficacité d’un médicament neuroprotecteur dans les formes génétiques rares de la maladie d’Alzheimer. L’originalité de cette étude est de proposer également le traitement aux sujets sans symptômes mais à risque de développer la maladie car porteurs sains d’une mutation responsable de la maladie. C’est le premier essai thérapeutique de neuro-prévention jamais proposé chez l’homme. Par ailleurs, d’autres médicaments sont testés dans des essais thérapeutiques menés au CIC ou au Centre de Mémoire et de la Maladie d’Alzheimer (IM2A) coordonné par Bruno Dubois.

Sclérose en Plaques : Trois nouveaux traitements,testés depuis quelques années au CIC, sont maintenant disponibles sur le marché, dont un traitement pour améliorer les troubles de la marche (fampridine) et deux nouveaux traitements pour les formes inflammatoires de la maladie (Catherine Lubetzki, Isabelle Papeix, Maya Tchikiladze). Les recherches concernant les formes progressives de la maladie sont toujours en cours. Les équipes du CIC espèrent découvrir des biomarqueurs différentiels de l’inflammation, de la destruction de la myéline et de la neurodégénérescence (Bruno Stankoff). Des études visant à tester des médicaments contre la progression (2 études) et à favoriser la remyélinisation (1 étude) sont en cours. Une étude pré-clinique a été réalisée sur 70 patients atteints de différents types de sclérose en plaque pour tester l’efficacité d’un nouveau traitement. Enfin, le CIC a participé à deux essais thérapeutiques destinés à développer un nouveau traitement symptomatique de la sclérose en plaques développé par MedDay, une entreprise incubée à l’ICM. Dans ce cadre, l’efficacité du MD1003, nouveau médicament contre la forme progressive de la SEP vient d’être confirmée par une étude de phase III menée sur 154 patients. Ce traitement ralentit non seulement la progression de la maladie mais améliore également l’état de santé de certains patients.

Sclérose latérale amyotrophique : Les résultats, malheureusement négatifs, d’un essai thérapeutique auquel le CIC a participé ont été annoncés en 2014. La lutte continue cependant avec plusieurs essais thérapeutiques actuellement en cours au CIC (François Salachas, Pierre-François Pradat). Le CIC participe également à une meilleure compréhension des mécanismes impliqués dans cette maladie en combinant des analyses cliniques précises, des examens électrophysiologiques, de l’imagerie de la moelle épinière et des biomarqueurs sanguins ou à partir de biopsies (Pierre-François Pradat, François Salachas, Lucette Lacomblez, Gaëlle Bruneteau, Thomas Lenglet). Le CIC participe par ailleurs au développement d’un outil d’écriture avec les yeux pour les patients souffrant d’importants troubles moteurs (en collaboration Jean Lorenceau).

Maladies rares : En dehors de la maladie de Parkinson, le CIC participe aussi à une meilleure compréhension et au développement de nouveaux traitements pour des maladies apparentées rares. Le CIC a participé à l’un des tous premiers essais thérapeutiques internationaux dans la paralysie supranucléaire progressive (JeanChristophe Corvol). Cet essai, dont les résultats ont malheureusement été négatifs, a cependant apporté des informations sur la progression de la maladie qui permettront de réaliser plus facilement d’autres essais cliniques. A l’occasion des 50 ans de la découverte de cette maladie, le CIC a d’ailleurs organisé en juin 2014 conjointement avec l’association de patients PSP France une réunion de travail associant des cliniciens, des chercheurs et des industriels pour réfléchir à la meilleure façon d’identifier de nouveaux médicaments pour cette maladie. Le gène responsable d’une forme très rare de trouble de la coordination motrice bimanuelle a été mis en évidence grâce à la collaboration de chercheurs et neurologues de l’ICM (Christel Depienne et Emmanuel Roze). La physiopathologie de cette maladie a ensuite été étudiée dans des modèles expérimentaux et les résultats ont été confirmés chez l’homme. Un essai thérapeutique a été conduit au CIC pour tester l’efficacité d’un anti-épileptique dans le traitement des dystonies avec myoclonies (Emmanuel Roze). Les résultats sont en cours d’analyse. D’autres études de physiopathologie ou des essais thérapeutiques sont réalisés pour plusieurs maladies rares : ataxies cérébelleuses, canalopathies, maladies métaboliques… (Alexandra Durr, Fanny Mochel, Bertrand Fontaine, Savine Vicart).

Compréhension du fonctionnement cérébral – la motivation : A côté des essais thérapeutiques et des études visant à mieux comprendre les mécanismes de certaines pathologies, le CIC est également une structure au service des chercheurs de l’ICM pour mieux comprendre le fonctionnement du cerveau humain. Une série d’études ont, par exemple, été menées chez des volontaires sains afin de mieux comprendre quels sont les neurotransmetteurs impliqués dans les phénomènes de motivation (Mathias Pessiglione).

Médecine participative : Le CIC s’ouvre à l’évaluation des patients à leur domicile pour étudier l’évolution de la maladie en milieu écologique, via des applications intelligentes. Des outils d’évaluation mais aussi de rééducation via des jeux intelligents sont mis en place, notamment pour les troubles de la marche chez les patients parkinsoniens. Différents outils de suivi des patients sont également mis en place, notamment pour l’épilepsie. En collaboration avec Alexis Genin, l’IHU-A-ICM et l’hôpital Pitié-Salpêtrière, un groupe de travail (« living lab ») est en cours de création dans lequel les patients, les développeurs et les professionnels de santé se retrouveront pour générer des idées et les mettre en application afin de répondre au mieux aux besoins des malades.

Crédit photos © Jean-Philippe Parienté pour l’ICM

Crédit photos © Jean-Philippe Parienté pour l’ICM

Des essais thérapeutiques ont également été conduits et sont en cours pour avancer dans la compréhension de l’épilepsie qui touche 50 millions d’individus et un effort particulier est fait pour aux maladies rares : maladie de Pompe, maladie de Huntington, ataxies cérébelleuses, canalopathies…

Le Centre d’Investigation Clinique s’inscrit donc dans une dynamique non seulement française, mais aussi européenne pour conduire les essais thérapeutiques et des programmes de recherche communs en coopérant de manière étroite avec les centres de recherche français et internationaux les plus prestigieux.

“Les nouvelles avancées réalisées au Centre d’Investigation Clinique de l’ICM deviendront demain des thérapies, de nouvelles méthodes de diagnostics, de nouveaux moyens de prévention. Les équipes œuvrent chaque jour pour raccourcir le délai qui sépare la découverte de la diffusion du traitement auprès de l’ensemble des patients.” Pr. Jean-Christophe CORVOL, Directeur du CIC de l’ICM

Le CET

Récemment le CIC a mis au point un Centre d’Evaluation des Soins et des Thérapeutiques (CET). Plus proche des patients. Cette structure est dédiée au pré-lancement des nouveaux médicaments, l’étude de cohortes de patients, et à l’évaluation des pratiques médicales. Elle existe grâce au financement de l’Institut Hospitalo- Universitaire dont l’ICM est partenaire.

Crédit photos © Jean-Philippe Parienté pour l’ICM

Crédit photos © Jean-Philippe Parienté pour l’ICM

Comment participer à la recherche ?

Toute personne peut participer à une recherche biomédicale, soit en tant que volontaire sain, soit en tant que patient, sous réserve qu’elle soit affiliée au régime de la Sécurité Sociale. Des conditions particulières s’appliquent pour les mineurs et les personnes sous tutorat. Pour participer, le sujet donne, après une information éclairée, son consentement « libre, éclairé et exprès » par écrit, avant que l’étude ne débute. Pour cela, la personne doit avoir été informée de façon loyale et claire par l’intermédiaire d’un document écrit.
Toute personne a le droit de refuser de participer à une recherche ou de retirer à tout moment son consentement sans encourir de quelconques conséquences notamment en terme de qualité de traitement.
medday
L’approche de MedDay, fondée par les Dr Frédéric Sedel (CEO) et Guillaume Brion (COO) et incubée au sein de l’ICM, consiste à traiter les maladies neurologiques en agissant sur le métabolisme cérébral. Des résultats très prometteurs ont été obtenus avec le médicament MD1003 chez des patients atteints de formes progressives de sclérose en plaques. Medday a annoncé en 2015 que le critère principal de son essai clinique pivot MS-SPI avait été atteint. MedDay bénéficie du support du Centre d’Investigation Clinique et du Centre de neuro-imagerie et de recherche de l’ICM pour 12 patients inclus sur le site de la Pitié-Salpêtrière.