Quand nos préjugés biaisent nos décisions

Recherche Mis en ligne le 8 mars 2017
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Lorsque nous faisons face à deux options mutuellement exclusives, notre cerveau commence par attribuer une valeur à chacune afin de pouvoir les comparer. L’équipe de Mathias Pessiglione à l’ICM s’est penchée sur les mécanismes de notre cerveau face à de telles situations. Les résultats ont été récemment publiés dans eLife.

Que préférez-vous écouter, Céline Dion ou Keith Jarrett ? Lorsque vous effectuez ce choix, votre cerveau attribue une valeur à chacune des options. Une petite zone, le cortex préfrontal ventromédian (vmPFC), compare alors ces deux valeurs et calcule leur différence. L’information est ensuite relayée aux autres régions du cerveau qui déclenchent l’action requise par ce choix, et vous écoutez Céline Dion !

Mais que comparons-nous exactement et quels mécanismes interviennent ? L’hypothèse de l’équipe de Mathias Pessiglione est que nos prises de décision sont biaisées et déterminées par nos préférences a priori. Leur objectif est de déterminer si et comment le vmPFC utilise ces préférences existantes – la pop plutôt que le jazz-, pour prendre une décision.

Les chercheurs ont mené une étude au cours de laquelle des volontaires devaient tout d’abord évaluer un certain nombre d’artistes appartenant à différents genres musicaux. Par la suite, les participants, dont l’activité cérébrale était enregistrée par IRM fonctionnelle, devaient choisir celui qu’il préférait entre deux de ces artistes.

Pour faire ce choix, les volontaires prennent en compte deux paramètres : le genre de musique, est-ce que je préfère le jazz ou la pop ?, et l’artiste présenté, un fan de pop pourrait par exemple choisir le jazz si l’option pour la pop est Britney Spears.

Les chercheurs ont montré que les décisions des sujets étaient influencées par leurs préférences a priori. Les fans de musique pop choisissent Britney Spears ou Céline Dion plus souvent que prévu par leur évaluation individuelle des artistes. En effet, les fans de pop vont choisir « par défaut » des artistes pop si l’autre alternative est d’une catégorie différente, du jazz par exemple. Ce choix « par défaut » s’explique par une activité basale du vmPFC plus élevée lorsqu’une option de la catégorie « préférée a priori » est présentée au volontaire. Le vmPFC signale le différentiel de valeur en faveur de l’option préférée a priori, ainsi plus son activité est forte plus la personne a tendance à choisir l’option « par défaut » /préférée a priori.

Des résultats similaires ont par ailleurs été obtenus lorsque le choix proposé porte sur la nourriture (sucré ou salé ?) ou la lecture (magazine de mode ou de sport ?).

Le cerveau utilise donc une stratégie générale pour la prise de décision qui économise du temps et des efforts, mais qui introduit des biais.

L’équipe de Mathias Pessiglione souhaite maintenant comprendre comment les régions du cerveau en aval utilisent les signaux provenant du vmPFC pour choisir l’option préférée.

Référence : How prior preferences determine decision-making frames and biases in the human brain. Lopez-Persem A, Domenech P, Pessiglione M. Elife. 2016.