L'épilepsie

Maladie neurologique fréquente, l'épilepsie concerne près de 1% de la population.
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Description de la maladie

Symptômes

Sur le plan physiopathologique, cette maladie se définit par la survenue récurrente de crises d’épilepsie, chaque crise étant le reflet d’une activité synchrone et excessive d’un groupe de neurones. Ces crises peuvent être localisées – on parle alors d’épilepsie focale ou partielle qui représentent 70% des épilepsies – ou généralisées à tout le cortex cérébral. L’épilepsie peut naître de n’importe quelle région du cortex cérébral, en conséquence, il existe une grande variabilité des symptômes épileptiques car ils sont étroitement liés à la localisation des neurones qui s’activent de façon anormale. On parle donc d’épilepsies au pluriel.

Causes

Les causes des épilepsies sont très variées. Elles peuvent être distinguées en deux grands groupes. Il y a d’une part les épilepsies métaboliques et structurelles, aussi dites symptomatiques, dues à une lésion suite à des déficits ou à des perturbations du métabolisme, à une tumeur, à une infection, à des troubles vasculaires du système nerveux central, ou encore à des anomalies de l’organisation cérébrale et en particulier à la désorganisation du cortex cérébral.

Et il y a d’autre part les épilepsies correspondant à un dysfonctionnement du cerveau sans lésion structurelle qui sont souvent liées à des facteurs génétiques, on parle alors d’épilepsies idiopathiques. Ce sont les épilepsies “généralisées génétiques“, comprenant deux sous-groupes : les épilepsies héréditaires dites monogéniques – avec une mutation dans un seul gène majeur – qui sont plutôt rares et que l’on retrouve dans les formes familiales ; et les épilepsies communes pour lesquelles ce sont plusieurs mutations dans plusieurs gènes en association avec l’environnement qui sont impliqués et qui présentent une prédisposition génétique d’environ 30% à 40% des épilepsies.

Prévalence

L’épilepsie est la maladie neurologique la plus fréquente après la migraine. On estime qu’elle touche 0,5% à 1% de la population mondiale, soit 50 millions de personnes dans le monde. On estime à environ 430 000 personnes touchées en France avec 33 000 nouveaux cas chaque année. C’est une maladie qui touche tous les âges, avec une fréquence plus élevée chez les enfants et les sujets âgés. Dans 75 % des cas, la maladie s’est installée avant 18 ans. L’épilepsie confère 2 à 3 fois plus de risque de décès prématuré par rapport au reste de la population. Elle peut se manifester par une seule crise ou par des crises tout au long de la vie. Le retentissement social et familial de cette maladie est considérable.

Les cliniciens disposent de nombreux médicaments mais aucun n’est aujourd’hui curatif. Les médicaments antiépileptiques visent à empêcher les crises en diminuant l’excitabilité neuronale. Dans 30 % des cas, les malades ne répondent pas de manière totale ou satisfaisante au traitement médicamenteux. Les alternatives actuelles à ces formes pharmaco-résistantes sont principalement le traitement chirurgical pour retirer la région épileptogène, quand elle peut être enlevée sans séquelle neurologique majeure, ou, si contre-indication de la première, d’autres techniques chirurgicales palliatives fondées sur la stimulation électrique cérébrale ou périphérique. De nouvelles méthodes radiochirurgicales sont également en cours de développement.

Réponses de l’ICM

Thématiques et équipes de recherche

Faits marquants

Épilepsie et malformation du cortex : deux mutations au sein du même gène

Après l’identification d‘un nouveau gène, DEPDC5, associé à des formes d’épilepsie focale, l’équipe de Stéphanie Baulac et Eric Leguern a découvert que, dans certains cas, les mutations de ce gène causaient aussi une malformation focale du cortex cérébral. Cette lésion pourrait être due à une mutation somatique (qui n’est ni héritée, ni transmissible) de DEPDC5 qui survient dans les cellules du cerveau au cours du développement embryonnaire et qui s’ajoute à la mutation héritée des parents. C’est la première fois qu’un tel mécanisme est décrit dans une épilepsie focale.

Rôle des lipides dans la régulation de l’activité épileptique

L’équipe de Richard Miles explore la sclérose ou mort neuronale qui est à l’origine des épilepsies focales. Elle travaille en particulier sur le rôle des lipides, incluant le cholestérol, dans cette mort. En collaboration avec Nathalie Cartier, l’équipe de Richard Miles a montré qu’en inhibant la sortie du cholestérol depuis les neurones, on augmente l’activité épileptique et la mort neuronale dans l’hippocampe des souris.

Des marqueurs de la crise d’épilepsie ?

Les crises d’épilepsie peuvent se déclarer à n’importe quel moment. Une question cruciale est donc la prédiction et l’anticipation des crises. En interaction étroite avec les services de neurologie clinique, l’équipe de Stéphane Charpier a mis en évidence, chez des patients atteints d’épilepsie focale, une activité particulière avant le déclenchement des crises. Grâce à des techniques d’électrophysiologie de pointe, les chercheurs ont détecté des rythmes rapides spécifiques de la région déclenchant la crise et enregistrés avant que la crise n’ait lieu. Ces rythmes rapides deviennent ainsi des marqueurs électrophysiologiques qui pourraient, à terme, permettre de mettre au point un outil pour prédire les crises d’épilepsie. Cette découverte est très importante car elle permet de comprendre quels sont les mécanismes présents en amont de la crise d’épilepsie.

Recherche clinique

Traitement d’urgence des convulsions des patients épileptiques

Un patient en état de mal épileptique, une crise d’épilepsie qui ne s’interrompt pas spontanément et qui perdure au-delà de 5 minutes, doit être traité le plus rapidement possible sous peine de provoquer des dommages sur le cerveau. Afin d’améliorer la prise en charge des patients, Vincent Navarro de l’équipe de Stéphane Charpier et plusieurs équipes de l’Assistance Publique ont coordonné une étude visant à tester l’intérêt d’adjoindre d’emblée un deuxième traitement antiépileptique au traitement administré en urgence (les benzodiazépines). Cet essai thérapeutique multicentrique a impliqué en France 13 équipes pré-hospitalières du SAMU et 26 équipes hospitalières accueillant des patients en état de mal épileptique. L’objectif de Vincent Navarro et de ses collaborateurs est de trouver un moyen de stopper encore plus vite les convulsions des patients épileptiques. Cette étude a révélé l’absence de différence statistiquement significative entre les deux traitements, mais elle s’inscrit plus largement dans une volonté d’améliorer la prise en charge diagnostique et thérapeutique des états de mal épileptiques, et dans la perspective de renforcer des filières de soins spécifiques, comme celle de l’Unité de Neuro-réanimation à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, AP-HP.

Identifier des biomarqueurs des états de mal épileptiques

D’autres études sont actuellement en cours afin d’identifier des biomarqueurs pertinents dans les états de mal épileptiques, afin d’identifier les sujets à risques de séquelles neurologiques graves. Les conséquences fonctionnelles des traitements utilisés pour interrompre les états de mal épileptique sont actuellement explorées grâce à une collaboration entre le service Réanimation Neurologique et l’Unité d’EEG et l’équipe de Stéphane Charpier.

Valorisation de la recherche

Un vêtement intelligent et connecté pour diagnostiquer les crises

C’est une révolution, un vêtement intelligent et connecté, le Neuronaute, développé par Bioserenity, dirigé par Pierre Frouin, en collaboration avec Michel Le Van Quyen de l’équipe de Stéphane Charpier, ouvre la possibilité du diagnostic, de la prise en charge personnalisée et du suivi des patients épileptiques à distance. Grâce à cette technologie, le suivi de l’épilepsie serait accessible à un plus grand nombre de patients et de médecins, et ce, à coûts réduits. Le Neuronaute sera commercialisé en 2016.