La gouvernance de l'IHU-A-ICM

L'IHU-A-ICM est porté par Frédéric Salat-Baroux, Président, le Professeur Alexis Brice, Directeur Général de l’IHU-A-ICM, Alberto Bacci, Directeur Scientifique, le Professeur Jean-Yves Delattre, Chef du pôle des maladies du système nerveux et Directeur médical de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), et Anne Bellod, Secrétaire Générale.
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Un mot de Frédéric Salat-Baroux, Président de l’IHU-A-ICM

Quelle est la mission de l’IHU-A-ICM ?

L’IHU-A-ICM a pour missions de conduire un projet d’excellence en matière de soins, de formation et de transfert de technologie dans le domaine de la recherche sur les maladies du système nerveux. Sa priorité est de favoriser le développement de produits et procédés préventifs, diagnostiques ou thérapeutiques innovants.

2015 était l’année de l’évaluation de mi-parcours de l’IHU-A-ICM, quel est le bilan de ces trois années d’existence ?

Le bilan de ces trois années d’existence est extrêmement positif. Elles ont permis le développement d’une recherche de niveau international dans le domaine des maladies du système nerveux, en neurologie et en psychiatrie, la création de plateformes technologiques de pointe, la mise en place de partenariats de recherche avec les industriels, la formation de futurs professionnels de santé, et le transfert des soins de l’hôpital jusqu’au domicile des patients

Pouvez-vous nous donner des exemples de grands projets menés par l’IHU-A-ICM ?

L’IHU-A-ICM a participé à la mise au point et à la réalisation d’essais cliniques de grande envergure grâce à sa participation aux réseaux nationaux, européens et internationaux de différentes maladies. Nous pouvons citer notamment l’étude INSIGHT en partenariat avec Pfizer, une étude innovante sur la maladie d’Alzheimer, l’une des premières au monde à suivre des sujets sains à risque, et porteuse de grandes ambitions en matière de compréhension de la maladie. La cohorte ICEBERG est au centre du projet clinique Parkinson de l’IHU qui a pour objectif d’étudier des facteurs prédictifs de conversion et de progression de la maladie de Parkinson.

Nous poursuivons les grands projets qui nous tiennent à cœur concernant les maladies d’Alzheimer, de Parkinson, la sclérose en plaques pour identifier des stratégies thérapeutiques de réparation de la myéline, l’épilepsie pour comprendre et anticiper les crises et les troubles du comportement qui interviennent dans de nombreuses pathologies neurologiques, notamment grâce à la mise en place de la plateforme Prisme.

Quelles sont les avancées en matière de soin ?

En matière de soins, l’IHU-A-ICM a montré des avancées spectaculaires avec la création de l’Unité Neuropsychiatrique Comportementale. Afin de mieux comprendre l’origine et les mécanismes de ces troubles et d’y apporter des solutions thérapeutiques, neurologues, psychiatres et chercheurs collaborent au sein de cette unité. Le dialogue entre neurologues et psychiatres permet de mieux prendre en charge les patients, de leur offrir un meilleur diagnostic et des solutions thérapeutiques adaptées.

Quelles sont les priorités scientifiques de l’IHU-A-ICM ?

Nous avons identifié plusieurs domaines pour lesquels nous souhaitons renforcer notre action : la neuro-immunologie, les cellules souches, la biologie moléculaire et la biologie des systèmes ainsi que la modélisation et les biostatistiques. Notre stratégie scientifique interdisciplinaire est fondée sur nos outils technologiques très performants, des big data à l’imagerie à haute résolution en passant par l’optogénétique, l’électrophysiologue et les interfaces cerveaux-machines.

En 2015, l’IHU-A-ICM a lancé la première édition de son école d’été, « Brain to Market », pouvez-vous nous en parler ?

Organisée par l’IHU-A-ICM et le Collège des ingénieurs « The Brain to Market » a réuni scientifiques et ingénieurs pour leur permettre de partager leurs connaissances et de produire un projet commun. La thématique choisie pour cette première édition était la Sclérose en Plaques (SEP). Les participants ont bénéficié de l’intervention de chercheurs et de spécialistes de la SEP, mais également de professionnels issus d’entreprises et de startups telles que Sanofi, Genzyme, Ad Scientiam ou encore Brain e-Novation, entreprises incubées à l’ICM. Guidés par un coach, les participants ont créé en équipes pluridisciplinaires un projet répondant aux problématiques de la pathologie et à fort potentiel valorisable. Ces projets ont fait l’objet d’une évaluation par un jury d’experts et certains d’entre eux sont actuellement en cours d’étude de faisabilité. Cette École d’été, véritable lieu de rencontre pour créer un réseau sur le long terme et catalyseur de projets innovants est un véritable succès et la première d’une longue série à venir.

Quels sont les trois réussites majeures de l’IHU-A-ICM en 2015 ?

Nos réussites sont nombreuses, citons par exemple, le Big Brain Theory, un appel à projet conjoint entre l’ICM et l’IHU-A-ICM qui a permis de faire émerger et de soutenir quinze projets transversaux innovants et originaux.

L’arrivée du PET-IRM, premier équipement mixte clinique et recherche sur un site français, qui contribuera à la fois à la recherche sur les maladies neuro-dégénératives et à l’amélioration des soins. Cette technique d’imagerie innovante permet d’améliorer les performances diagnostiques, de suivre l’évolution des lésions dans le cerveau et de tester l’efficacité des médicaments. Son acquisition a été possible grâce à une levée de fonds exceptionnelle en collaboration avec deux de ses membres fondateurs, l’APHP et la Fondation pour la Recherche sur Alzheimer.

Un rapprochement et un renforcement de la collaboration avec l’ICM via la mise en place d’une direction administrative, d’un bureau de transfert de technologies et d’un conseil scientifique commun.

Quelle est votre vision de l’avenir ?

Notre ambition est de devenir un institut de recherche translationnelle, lien essentiel entre la recherche fondamentale et la recherche clinique, leader en neuroscience au niveau international. Nous voulons transformer les découvertes en applications concrètes répondant aux besoins des patients et du personnel soignant, pour cela l’incubateur d’entreprises iPEPS et le living lab sont deux atouts majeurs. Nous sommes au cœur d’un réseau de collaborations fortes établies avec cinq institutions phares en neurosciences, l’UPMC, l’AP-HP, INSERM, le CNRS, la FRA (Fondation pour la Recherche sur Alzheimer). Grâce à ces multiples coopérations institutionnelles et industrielles, nous mettons tous les moyens en œuvre pour mieux prévenir et guérir les maladies du système nerveux.

Un mot du Pr Jean-Yves Delattre, Chef du pôle des maladies du système nerveux et Directeur médical de l’ICM

Vous venez d’être nommé directeur médical de l’ICM et vous êtes directeur du pôle des maladies du système nerveux de la Pitié-Salpêtrière, que souhaitez-vous développer avec votre nouvelle fonction ?

Le pôle des maladies du système nerveux (MSN) regroupe tous les services de Neurologie, de Psychiatrie, de Soins de suite et rééducation, ainsi que les services de Neurophysiologie et de Neuropathologie du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière. Il représente une force de soins considérable avec près de 500 lits, plus de 1000 agents et près de 250 médecins.

Mon objectif clef est que le pôle MSN, qui est un pôle hospitalo-universitaire, et l’ICM unissent leurs expertises au service de la recherche clinique et de l’innovation thérapeutique. C’est une opportunité unique pour nos patients et pour notre pays. C’est à mes yeux la priorité absolue.

En quoi votre pratique quotidienne de la médecine influence-t-elle vos travaux de recherche ?

Le contact quotidien avec les hommes souffrants et mourants modifie notre vision de la recherche. D’une part, la recherche est source d’espérance pour le patient et pour nous. Il est parfaitement justifié d’y croire ! Qui aurait dit, il y a peu, que l’immunothérapie, après des décennies d’échec, allait révolutionner la prise en charge de certains des plus terribles cancers ? Qui aurait dit que la thrombectomie, après une dure phase de mise au point, allait s’imposer comme un progrès majeur dans la prise en charge de certains accidents vasculaires cérébraux ? On pourrait ainsi multiplier les exemples. D’autre part, pour le médecin, la bonne recherche est celle qui aide son patient ! Il n’y a pas pour nous de hiérarchie dans la recherche. Nous avons besoin de cerveaux pour comprendre et concevoir mais nous avons tout autant besoin de cerveaux pour élaborer et conduire des essais cliniques rigoureux. Si une de ces composantes manque, il n’y a pas d’avancée pour le patient.

Si vous deviez retenir trois faits marquants pour 2015, quels seraient-ils ?

Je n’en retiens qu’un qui est au dessus de mes thèmes d’intérêt : la solidarité de la nation autour des valeurs de la république. L’incroyable force que nous dégageons quand nous sommes unis !

Quels sont vos espoirs pour 2016 ?

Obtenir le feu vert pour construire un nouveau bâtiment « Paul Castaigne » qui permettra de regrouper toute la Neurologie du site Pitié-Salpêtrière et profiter collectivement de ce grand chantier pour repenser nos organisations en associant de façon beaucoup plus étroite, au lit du patient, la prise en charge médicale et la recherche clinique.

Permettre aux équipes paramédicales et médicales du pôle de mieux se reconnaitre dans l’ICM. C’est « notre ICM » !

Quel est votre vision de l’avenir ? Quelle sera pour vous la médecine de demain ?

Prédictive et « sur mesure » chez des patients parfaitement informés et décideurs. La médecine a toujours progressé en identifiant des entités différentes accessibles à des thérapies différentes dans ce qui apparaissait au début comme un cadre commun. Il n’y a pas de raison que cela change.

Je pense aussi que la parole des patients sera de plus en plus forte et écoutée, y compris lorsqu’il s’agira, face à la maladie incurable et invalidante, de décider de l’avenir.