AVC : des régions cérébrales associées à une moins bonne récupération

Mis en ligne le 10 décembre 2018
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Une étude conduite par Charlotte Rosso à l’ICM et à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière met en évidence plusieurs régions cérébrales qui, lorsqu’elles sont touchées par un accident vasculaire cérébral (AVC), sont associées à une moins bonne récupération de l’autonomie des patients. Il s’agit d’un résultat important pour la prise de décision en matière de traitement de l’AVC en phase aigüe.

Dans les 6 premières heures de l’accident vasculaire cérébral, il existe deux traitements qui permettent de diminuer fortement le handicap : la thrombolyse, un médicament à passer en intraveineuse, et la thrombectomie, qui correspond à l’introduction d’un cathéter depuis le pli de l’aine jusqu’aux artères cérébrales pour capturer le caillot.
Compte-tenu de l’urgence, le parcours de soin du patient en phase aigüe d’un AVC doit être optimisé. Dès que l’alarme est donnée par un proche ou le patient lui-même, les pompiers ou le SAMU viennent le chercher à son domicile. Ils le transportent vers l’hôpital le plus proche avec le plateau technique nécessaire à la prise en charge des AVC et en capacité de le recevoir. Le patient est conduit en premier lieu dans le service de neuroradiologie où il est rejoint par l’équipe de l’unité neuro-vasculaire. Le patient passe alors une IRM puis les médecins prennent une décision de traitement.

Aujourd’hui on considère que le traitement doit être prodigué dans les 6 heures après le début des symptômes. Les médecins ont besoin d’argument pour parfois aller en dehors de cette fenêtre de traitement qui est très courte. L’objectif de notre étude était d’identifier des régions prédictives du pronostic à 3 mois chez des patients traités dans les 6 premières heures de l’AVC par thrombectomie. Existe-t-il des régions du cerveau qui, lorsqu’elles sont touchées, sont associées à une moins bonne récupération fonctionnelle des patients ?

explique Charlotte Rosso, neurologue et chercheuse à l’ICM
Les chercheurs et cliniciens ont réuni les données de plus de 400 patients issus de 9 centres hospitaliers. Ils ont mis en perspective les régions du cerveau touchées par l’AVC chez chaque patient et le pronostic global à 3 mois, c’est-à-dire si la personne est autonome dans sa vie quotidienne (s’habiller, se laver, se nourrir, faire ses courses, ses papiers…).
Ils ont ainsi identifié plusieurs régions associées à un moins bon pronostic : une aire motrice et une aire corticale responsable du langage dans l’hémisphère gauche et plusieurs régions associées aux fonctions exécutives comme la planification ou l’attention spatiale dans l’hémisphère droit.
Il serait donc particulièrement important de préserver ces régions. Si elles ne sont pas encore complètement touchées par l’infarctus cérébral, intervenir un peu en dehors de la fenêtre thérapeutique représenterait un bénéfice conséquent pour le patient.

Ces résultats mettent aussi l’accent sur les régions importantes à préserver ou sur lesquelles intervenir particulièrement lors de la rééducation pour les renforcer et les rendre de nouveau fonctionnelles. La prochaine étape est de confirmer ces données à partir d’une nouvelle cohorte, grâce à l’ouverture prochaine d’une base de données nationale de prise en charge des AVC.

conclu Charlotte Rosso.

Source :
Impact of infarct location on functional outcome following endovascular therapy for stroke. Rosso C, Blanc R, Ly J, Samson Y, Lehéricy S, Gory B, Marnat G, Mazighi M, Consoli A, Labreuche J, Saleme S, Costalat V, Bracard S, Desal H, Piotin M, Lapergue B; ASTER Trial and Pitié-Salpêtrière Investigators. J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2018 Nov 13.