Catégoriser le monde : une des clés se trouve dans le lobe temporal droit de notre cerveau

Recherche Mis en ligne le 7 mai 2018
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Une étude conduite par l’équipe de Richard Levy à l’ICM met en évidence une corrélation entre nos capacités de catégorisation et la structure d’une région particulière de notre cerveau.

La catégorisation est une fonction de notre cerveau qui nous permet de regrouper nos connaissances sous formes de catégorie et de les organiser. Cette capacité est essentielle à de nombreuses autres fonctions cérébrales comme l’apprentissage, la formation d’une pensée abstraite ou encore notre capacité à raisonner.

Il existe schématiquement 3 types de catégorisation :

  • La catégorisation visuelle, selon des caractéristiques physiques. La forme ou la couleur d’un objet par exemple.
  • La catégorisation thématique, qui permet de regrouper des objets se retrouvant dans un même contexte, un pied et une chaussure ou un singe et une banane par exemple.
  • La catégorisation taxonomique qui regroupe des objets possédant des propriétés communes, comme les fruits ou les animaux.

Les catégories thématiques et taxonomiques peuvent se regrouper dans ce qu’on appelle la catégorisation sémantique, c’est-à-dire liée au sens.

L’évaluation des capacités de catégorisation chez les sujets sains donne des résultats très variables d’un individu à l’autre. Ces différences se retrouvent-elles dans le cerveau ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs de l’ICM ont évalué les capacités de catégorisation de 50 sujets sains et ont analysé en parallèle la structure du cerveau des participants. La tâche consistait à présenter 3 images dont une encadrée aux sujets. L’objectif était d’associer l’image encadrée à l’une des deux restantes selon leur catégorie sémantique ou physique.

 

Figure 1 : Un exemple du test de catégorisation. Dans le cadre de gauche, l’orange encadrée peut être reliée au ballon qui a la même forme selon une catégorisation visuelle ou à la banane, un fruit également, selon la catégorisation sémantique.

 

Leurs résultats mettent en évidence une corrélation entre les performances au test et le volume de la région antérieure du lobe temporal droit du cerveau. Plus le volume de cette région était important plus les sujets étaient rapides dans la tâche de catégorisation. Plus précisément encore, ils montrent que le volume de la partie antérieure de la région précédemment identifiée est plutôt lié aux performances de catégorisation sémantique tandis que la partie postérieure est corrélée aux performances dans la catégorisation physique. Le développement vers l’avant de cette région pourrait donc être associé à une évolution vers plus de pensées abstraites.

 

 

Enfin, les chercheurs montrent que les connexions cérébrales passant par cette région temporale antérieure droite sont principalement des faisceaux fronto-temporaux, qui relient le lobe temporal et le lobe frontal, qui est d’ordinaire associé aux processus contrôlés comme la catégorisation.

« Ces résultats ouvrent des perspectives intéressantes sur la compréhension des bases cérébrales de la catégorisation, en particulier sur l’automatisation de la catégorisation. En effet, une grande partie de nos processus de catégorisation se font de manière automatique. Nous souhaitons à présent étudier comment cette automatisation se reflète au niveau de l’activité de notre cerveau. »

Béatrice Garcin, neurologue et chercheuse à l’ICM.

 

Source : Anterior Temporal Lobe Morphometry Predicts Categorization Ability. Garcin B, Urbanski M, Thiebaut de Schotten M, Levy R, Volle E. Front Hum Neurosci. 2018 Feb 7