Egalité femme/homme : l'apport des neurosciences

Mis en ligne le 29 octobre 2019
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Dans une publication publiée dans la revue Nature Human Behavior, Violetta Zujovic, chercheuse à l’Inserm et Christiane SCHREIWEIS, chercheuse ICM, membres du comité XXinitiative de l’ICM* expliquent comment une approche neuroscientifique permettrait de lutter plus efficacement contre les inégalités femmes hommes.

Connu et reconnu internationalement pour être un pays facilitateur pour la carrière des femmes de part des infrastructures adaptées et des législations spécifiques, la France n’est cependant pas plus performante dans l’égalité des chances offertes aux femmes et aux hommes. Tel est le paradoxe que souligne le comité XX initiative dans un commentaire publié dans Nature Human Behavior. Bien que l’ensemble de la communauté, y compris scientifique reconnaisse ces inégalités, pourquoi les comportements associés aux genres persistent-ils ?

La publication alerte sur l’impact de biais cognitifs, indépendants de notre volonté mais très enracinés dans notre mentalité. En effet, les préjugés et les stéréotypes inconscients ont une influence puissante sur presque tous nos choix.

Malgré les normes égalitaires et malgré la preuve que des équipes mixtes ont plus de réussite, les préjugés sociaux continuent de tirer les ficelles de manière implicite, créant par exemple les préjugés sexistes ou raciaux.

La communauté neuroscientifique est à la pointe non seulement de la sensibilisation à de tels biais inconscients, mais elle dispose également des outils nécessaires pour comprendre leurs origines cognitives et briser les stéréotypes de la société.

Le comité XX initiative de l’ICM, composé de chercheur.e.s, experts en neuroscience propose une feuille de route en plusieurs étapes.

Leurs recommandations mettent en avant une première étape indispensable : la prise de conscience de chacun de nos propres raccourcis implicites qui résultent de préjugés existants et de leur impact sur nos prises de décision. La prise de conscience collective et individuelle ne passera que par le constat de chiffres réels et objectifs reflétant l’état des lieux de l’inégalité femmes- hommes.

Cette première étape a été mise en application à l’ICM grâce à la collecte exhaustive de chiffres montrant le ratio femme homme en fonction du niveau de responsabilité et de la fonction occupée.

Le simple fait de montrer les résultats de cette enquête, a permis de déclencher un processus de remise en question collectif qui a abouti à une augmentation significative du nombre de femmes à la tête d’une équipe de recherche (26% en 2018 vs 31% en 2019). D’autre part l’ensemble de la communauté s’est impliqué dans la volonté de mettre plus en avant les femmes scientifiques avec comme action concrète une augmentation de près de 45% du nombre de scientifiques féminines oratrices au conférences de l’institut.

Grâce à l’impulsion collective de lutte contre l’inégalité de genre, une révision de nombreux formulaires institutionnels a également été menée afin de supprimer toute information liée à un genre spécifique.

Dans ce contexte sociétal et économique, emprisonné dans des préjugés inconscients et des stéréotypes de genre, une des recommandations majeures proposée par le comité XX initiative est l’information et la formation des femmes comme des hommes pour échapper à ces biais.

Le comité organise un colloque sur les « biais de genre : science et pratiques » le 3 avril 2020, ouvert à tous et des ateliers pratiques présentant des outils pour combattre ses propres préjugés et savoir évaluer ses propres valeurs et compétences.

L’impact de ce comité et de son approche neuroscientifique entamée il y a environ un an et demi, souligne l’importance d’associer des mesures concrètes aux politiques nationales. Ces mesures devront permettent à chacun d’entre nous de connaitre et reconnaitre les préjugés inconscients liés au genre que nous perpétuons et transmettons et de lutter individuellement pour un changement culturel. Chaque démarche personnelle contribuera efficacement à une évolution sociétale.

Une démarche basée sur les neurosciences constitue aujourd’hui un levier majeur pour faire évoluer nos mentalités et nos comportements.

*liste comité

Christiane Schreiweis , Emmanuelle Volle, Alexandra Durr,  Alexandra Auffret, Cécile Delarasse,  Nathalie George   , Magali Dumont,  Bassem A. Hassan, Nicolas Renier   ,  Charlotte Rosso, Michel Thiebaut de Schotten  , Eric Burguière and Violetta Zujovic

Source https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31570760