Un espoir dans la maladie de Huntington

Recherche Mis en ligne le 8 janvier 2015
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Les résultats inédits d’une étude sur les effets d’une huile synthétique sur le métabolisme cérébral dans la maladie de Huntington, réalisée par des chercheurs de l’ICM – l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière – viennent d’être publiés dans la revue Neurology.

Cette étude réalisée sur 10 patients en phase précoce de la maladie, traités pendant un mois, a abouti à des résultats très prometteurs quant à la possibilité d’un nouveau traitement dans cette maladie neurodégénérative. Cette huile médicament semble permettre la correction du métabolisme énergétique cérébral, anormal chez les malades et qui participe à la progression de leurs symptômes. Ce projet représente une avancée importante pour la découverte de nouveaux traitements et une licence d’exploitation a été signée avec la compagnie ULTRAGENYX en vue de développements médicamenteux.

Affection neurodégénérative héréditaire, la maladie de Huntington est liée à une anomalie génétique à transmission autosomique dominante. Les signes de la maladie se manifestent souvent entre 30 et 50 ans avec l’apparition de troubles moteurs, comportementaux et psychiatriques progressifs qui induisent une dépendance impactant l’entourage familial.

Les seuls traitements actuellement disponibles dans la maladie de Huntington sont des traitements symptomatiques ayant pour but d’améliorer les troubles psychiatriques et certains troubles moteurs de la maladie. Il n’existe cependant aucun traitement permettant de changer le cours de la maladie bien que l’anomalie génétique ait été identifiée depuis 1993. Le Dr Fanny Mochel, en collaboration avec le Pr Alexandra Durr, œuvre depuis plusieurs années au sein de l’équipe dirigée par le Pr Alexis Brice à l’ICM à la validation d’une hypothèse thérapeutique métabolique dans la maladie de Huntington.

Il avait précédemment été constaté par les chercheurs que des symptômes non neurologiques peuvent être détectés dès le stade présymptomatique de la maladie de Huntington – individus porteurs de l’anomalie génétique sans en exprimer les symptômes. Il s’agit d’un métabolisme énergétique altéré se manifestant par une perte de poids, malgré des régimes hypercaloriques, et la baisse de composés dans le sang témoignant d’un besoin accru de certains intermédiaire énergétiques. Le Dr Fanny Mochel avait par ailleurs préalablement établi qu’une huile synthétique appelée triheptanoïne a les capacités de fournir les intermédiaires énergétiques en question. L’hypothèse a donc été émise que la triheptanoïne pouvait permettre d’améliorer, voire de corriger, le déficit énergétique existant à la fois au niveau cérébral et périphérique dans la maladie de Huntington.

Avant de pouvoir lancer un essai thérapeutique sur le bénéfice clinique à long terme de ce traitement, les chercheurs ont souhaité montrer que la triheptanoïne était en effet capable d’améliorer le métabolisme énergétique du cerveau dans la maladie de Huntington. Pour cela, ils ont analysé les effets de l’huile synthétique triheptanoïne – acide gras saturé à 7 atomes de carbones – sur 10 patients portant l’anomalie génétique à un stade débutant de la maladie de Huntington, et 13 individus contrôle, après un mois de traitement.

Grace à une technique d’imagerie fonctionnelle en spectroscopie à résonance magnétique mise au point par les chercheurs de l’ICM en collaboration avec le CENIR – CEntre de Neuro-Imagerie et de Recherche de l’ICM – et une équipe américaine à Minneapolis – Center for Magnetic Resonance Research – les chercheurs ont pu mesurer l’énergie produite dans le cortex visuel des patients – région connue pour son métabolisme énergétique élevé – pendant un stimulus visuel, avant traitement et après un mois de prise de l’huile triheptanoïne à raison d’environ 6 cuillères à soupe par jour réparties sur les différents repas.

Les résultats obtenus grâce à cette étude sont très encourageants, puisqu’ils montrent qu’après seulement 1 mois de traitement, le profil énergétique cérébral anormal des patients Huntington est corrigé, se rapprochant du profil énergétique des individus témoins. D’autre part une diminution des dysfonctionnements moteurs induits par la maladie, mesurés selon une échelle internationale, a été observée mais doit être interprétée avec prudence étant donné l’absence de groupe placebo dans l’étude.

Les données obtenues représentent un grand espoir dans la maladie de Huntington et établissent la preuve de concept de l’utilisation possible de cette huile comme molécule candidate pour des thérapies futures. Il est maintenant nécessaire d’évaluer le bénéfice de ce traitement sur des marqueurs cliniques et d’imagerie chez un nombre plus important de patients atteints de la maladie de Huntington. Une licence d’exploitation a été signée en ce sens avec la compagnie ULTRAGENYX qui commercialise la triheptanoïne.

Article scientifique :
Triheptanoin improves brain energy metabolism in patients with Huntington disease.
Isaac Mawusi Adanyeguh, Daisy Rinaldi, Pierre-Gilles Henry, Samantha Caillet, Romain Valabregue, Alexandra Durr, Fanny Mochel. Neurology (online publication January 7, 2015).

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Principe de la mesure du métabolisme énergétique du cerveau utilisé pour l’étude. Un damier rouge et noir (représenté à gauche) est projeté aux patients afin de stimuler la vision et de fait l’aire visuelle dans leur cerveau (zone dans le carré rouge à droite). La stimulation de l’aire visuelle y induit la production d’énergie, qui est mesurée en direct par des techniques d’imagerie fonctionnelle par spectroscopie. Les métabolites énergétiques mesurés sont illustrés dans le spectre en bas de la figure. Le métabolisme énergétique cérébral est altéré chez les patients Huntington. © Mochel, Fanny – ICM

Equipes scientifiques

Equipe "Neurogénétique fondamentale et translationnelle"
Chef d'équipe
Alexandra DURR MD, PhD, PU-PH, Sorbonne université-AP-HP
Giovanni STEVANIN PhD, DR2, PU, INSERM/EPHE
Physiopathologie des maladies neurologiques
Domaine principal : Neuroscience moléculaire & cellulaire
Domaine secondaire : neuroscience clinique & translationnelle

L’équipe dirigée par Alexandra DURR & Giovanni STEVANIN s’intéresse à deux groupes de maladies neurogénétiques, les dégénérescences spinocérébelleuses- DSC (les paraplégies spastiques et les ataxies cérébelleuses) et les démences frontotemporales (DFT).
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