journée de la santé mentale

Recherche Mis en ligne le 9 octobre 2014
Ouvrir / fermer le sommaire

La dépression est un trouble mental courant se caractérisant par une tristesse, une perte d’intérêt ou de plaisir, des sentiments de culpabilité ou de dévalorisation de soi, un sommeil ou un appétit perturbé, une certaine fatigue et des problèmes de concentration. Elle peut perdurer ou devenir récurrente, entravant ainsi de façon substantielle l’aptitude d’un individu à fonctionner au travail ou à faire face à sa vie quotidienne. À son paroxysme, elle peut conduire au suicide. Lorsqu’elle est légère, on peut traiter les patients sans médicaments, mais une dépression modérée ou sévère peut nécessiter médication et une psychothérapie menée par un professionnel compétent.

 

804 000 personnes se suicident chaque année dans le monde, selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé basé sur l’année 2012, soit une personne toutes les 40 secondes. Les différences sont particulièrement frappantes en fonction du sexe. Les hommes sont deux fois plus touchés que les femmes. Le suicide représente 50% des morts violentes chez les hommes et 71% chez les femmes. En Europe, le taux (12,3 pour 100 000) est plus élevé que la moyenne mondiale. 35 000 personnes y perdent ainsi la vie chaque année.

 

L’objectif de l’OMS est de réduire de 10% le taux de suicide dans le monde d’ici 2020. Un objectif atteignable, quand on sait que ce taux a baissé de 26% entre 2000 et 2012.
A l’occasion de la journée de la santé mentale le 10 octobre 2014, l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière fait le point sur les recherches en cours.

 

 

 

Quelles différences y a-t-il entre la déprime et la dépression ?

Le terme « dépression », encore tabou il n’y a pas si longtemps, est souvent employé à tort dans le langage courant pour décrire les inévitables périodes de tristesse, d’ennui et de mélancolie que tous sont appelés à vivre à un moment ou à un autre. Une déprime, ou trouble de l’adaptation avec humeur dépressive, peut être une réaction habituelle de tristesse engendrée par une situation stressante (séparation, deuil, échec professionnel..) et reste une situation transitoire. Par exemple, être triste après la perte d’un proche ou une séparation est tout à fait normal. Mais lorsque cet état émotionnel revient chaque jour sans raison particulière ou persiste exagérément, il peut s’agir d’une dépression. La tristesse de la dépression est en fait un véritable trouble, qui répond à des critères diagnostiques bien précis comme entre autres la durée, le caractère non adapté au contexte et la non réactivité aux facteurs environnementaux.

 

Comment reconnaître la dépression ?

Outre l’humeur triste, les autres symptômes les plus courants et présents presque tous les jours sont :
• l’indécision face aux choix les plus simples,
• le désintérêt et / ou la perte d’envie
• le ralentissement psychomoteur (difficultés de concentration, baisse de la vigilance, trous de mémoire, des difficultés à suivre ou à participer à une conversation,…),
• la modification de l’appétit avec variation importante de poids (5 % de la masse corporelle),
• les troubles du sommeil comme une insomnie (difficulté d’endormissement, réveil nocturne), mais aussi une hypersomnie (envie fréquente de dormir, volonté consciente ou inconsciente de trouver refuge dans le sommeil),
• la sensation de fatigue, de perte d’énergie, de difficulté à accomplir des efforts,
• la dévalorisation de soi,
• la culpabilisation vis-à-vis de l’entourage,
• le doute systématique et exagéré sur la valeur de ses actes ou de ses idées,
• les pensées récurrentes de mort et les idées suicidaires

 

Y a t- il plusieurs formes de dépression ?

On distingue deux formes de dépression qui regroupent l’ensemble des « dépressions » :
• Les troubles dépressifs unipolaires : une ou plusieurs dépressions ; l’expression du trouble est caractérisée par la récurrence des épisodes dépressifs
• Les troubles dépressifs bipolaires, ou maniaco-dépression, se caractérisent par des phases d’alternance pendant lesquelles les patients, soit vont bien, soit dépriment et/ou présentent des périodes d’excitation ou d’euphorie, aussi appelées phases maniaques ou hypomaniaques.

 

Quelles en sont les causes ou les facteurs aggravants ?

On ne sait pas avec précision ce qui cause la dépression, mais il s’agit d’un trouble mental complexe faisant intervenir plusieurs facteurs liés à l’hérédité, à la biologie, aux événements de la vie ainsi qu’au milieu et aux habitudes de vie. Il existe des facteurs précipitants comme le stress récent lié à une perte ou une séparation, des deuils, des situations sociales difficiles. Des antécédents familiaux ou un terrain propice au développement de stress futurs (individus victimes de violence, d’abus sexuels, de maltraitance…) sont des facteurs génétiques et environnementaux favorisant le développement de la maladie.

 

Les complications

Il existe plusieurs complications possibles liées à la dépression :
• Abus de drogues ou d’alcool,
• Conflits familiaux ou professionnels, isolement social,
• Augmentation du risque de maladies cardiovasculaires et de diabète. En effet, la dépression est associée à un risque plus élevé de problèmes cardiaques ou d’accidents vasculaires cérébraux. Par ailleurs, le fait de souffrir de dépression pourrait accélérer légèrement l’apparition du diabète chez les personnes déjà à risque.
• Modification du rythme de vie : Les chercheurs soutiennent que les personnes déprimées sont aussi moins portées à faire de l’exercice et à se nourrir convenablement. De plus, certains médicaments peuvent accroître l’appétit et occasionner un gain de poids. Tous ces facteurs augmentent le risque de diabète de type 2.
• Suicide. Avec les accidents, c’est l’une des deux premières causes de décès prématuré chez les personnes de moins de 45 ans. Les hommes dépressifs de plus de 70 ans sont les personnes les plus à risque face au suicide.

 

Traitements actuels de la dépression

3 types de traitements existent :
Chimiques : médicaments antidépresseurs
Psychologiques : actions ou interventions psychothérapeutiques
Physiques : techniques de stimulation, Stimulation Magnétique Transcranienne (SMT), électrochocs (ETC), chirurgie par stimulation cérébrale profonde, utilisée aussi dans le traitement de la maladie de Parkinson. Les électrochocs restent à ce jour le traitement le plus efficace, dans les formes les plus sévères. La SMT est une technique intéressante mais n’a pas encore démontré sa supériorité ou son efficacité comparable aux ETC.La chirurgie de la dépression, ou neurochirurgie stéréotaxique fonctionnelle, reste une solution assez rare même si elle se révèle efficace (près de 60% des patients améliorent leur état)

 

Et la recherche ?

Les recherches sur la dépression au sein de l’ICM, IHU-A-ICM sont centrées sur deux axes essentiels :

1) un axe physiopathologique : il s’agit de définir le rôle des facteurs biologiques (par exemple l’inflammation) et cérébraux dans la production et le maintien des symptômes dépressifs.
Les recherches de cet axe devraient aboutir à moyen terme à définir à un niveau biologique et non simplement clinique les troubles dépressifs.

2) un axe thérapeutique : Il s’agit d’évaluer ici les effets cérébraux des divers traitements (ex. chimiothérapies, stimulation cérébrale intra ou extra crânienne) de la dépression. Ces recherches ont en particulier pour objectifs de définir les facteurs prédictifs de rémission à un traitement ce qui permettra de sélectionner le traitement le mieux adapté aux besoins cérébraux et biologiques des patients (médecine personnalisée).

 

Ces recherches sont menées à l’ICM et l’IHU-A-ICM en étroite collaboration avec les plateformes de l’ICM (MEG-EEG IRM, Prisme) et avec les différentes équipes présentes sur le site.

 

L’équipe du Professeur Fossati, a pu montrer récemment le niveau d’activité d’une partie antérieure du cerveau (cortex préfrontal) avant tout traitement permettait de prédire la récupération symptomatique et l’évolution favorable sous un traitement antidépresseur. De même, un travail récent confirme les effets très précoces et soutenus de la kétamine, un agent anesthésiant et antalgique, dans les formes graves et résistantes de dépression en particulier les dépressions du trouble bipolaire.
Ces résultats laissent espérer de nouvelles pistes thérapeutiques et une meilleure sélection des traitements la plus adaptée aux patients déprimés.

 

Propos receuillis auprès du Professeur Philippe Fossati, Professeur de psychiatrie au sein de l’hôpital de La Pitié Salpêtrière et de l’Université Pierre et Marie Curie. Il est également chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière au sein de la plateforme de réalité virtuelle et codirecteur de l’équipe étudiant les neurosciences sociales et affectives.