Journée européenne de la dépression

Recherche Mis en ligne le 27 octobre 2019

Crédit photo: Logan Fisher on Unsplash

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A l’occasion de la journée européenne de la dépression, l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) vous informe pour comprendre les causes, les mécanismes biologiques, les symptômes et les traitements du trouble psychiatrique le plus fréquent : la dépression. Retrouvez également les recherches et avancées de l’institut sur cette maladie dans ce dossier spécial.

La dépression: causes, mécanismes, symptômes et traitements

Le terme « dépression » est un peu galvaudé, on dit souvent « je suis déprimé », mais cette maladie représente un réel enjeu de santé publique. La dépression est le trouble psychiatrique le plus fréquent et on estime qu’une personne sur 5 sera touchée au cours de sa vie, avec un ratio de 2 femmes pour 1 homme.

Elle se définit par deux aspects, des symptômes caractéristiques et leur durée qui doit être d’au moins 15 jours avec un retentissement sur la vie personnelle, professionnelle et sociale des patients.

La dépression est un trouble de l’humeur dans lequel l’humeur est pathologiquement figée dans la tristesse ou la douleur. La tristesse du déprimée est intense et n’est pas diminuée par des circonstances extérieures.

Depuis les années 50, les bases neurobiologiques des troubles de l’humeur comme la dépression sont établies et ont constitué la base du développement des traitements antidépresseurs. Mais ce n’est que depuis une quinzaine d’années que la dépression est véritablement reconnue comme une maladie du cerveau au même titre que les maladies neurologiques comme les maladies de Parkinson ou d’Alzheimer. Les travaux menés à l’ICM par le Pr Philippe FOSSATI (AP-HP Sorbonne Université), psychiatre spécialiste des troubles de l’humeur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et chef d’équipe à l’ICM, ont contribué à montrer l’implication de régions cérébrales particulières dans le développement de la dépression.

La dépression représente la maladie mentale la plus fréquente puisque l’on estime que 5 à 15% de la population française risque de faire un épisode dépressif au cours de sa vie. Elle est présente à tous les âges de la vie.

Aujourd’hui, on estime que 3 % des enfants sont touchés par cette maladie. Cette prévalence augmente de 10 à 15% chez l’adolescent et elle est aussi importante chez les personnes âgées.

Contrairement à un épisode de tristesse passagère, l’Épisode Dépressif Majeur (EDM) perdure au-delà de 15 jours. Il peut conduire à l’isolement de la personne, voire au suicide. Le risque de décès par suicide est 10 fois plus élevé chez les personnes dépressives que pour le reste de la population.

A l’ICM

La start-up WEFIGHT, start‐up incubée à l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) lance ViK Dépression, un compagnon virtuel qui a pour objectif d’être aux côtés des personnes atteintes de dépression et de leurs proches pour les aider dans le suivi de leur traitement.

La start-up DOCTOPSY incubée à l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) propose un service de consultation en ligne dédié à la psychiatrie, la psychologie, la nutrition et l’addictologie.

Au travers d’un voyage à la rencontre de personnes ayant tenté de se suicider, Margot MORGIEVE, chercheuse en sciences sociales de la santé mentale à l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) dans l’équipe dirigée par Eric BURGUIERE  a réalisé le film « Kilomètre 25746 ». Plongez dans la réalité quotidienne de ces personnes grâce aux photos prises par Margot au cours de ses visites et aux témoignages des gens rencontrés.

Retrouvez ici les coordonnées des services de psychiatrie adulte et de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière

LES CAUSES DE LA DEPRESSION

La dépression n’est pas une maladie héréditaire, elle ne se transmet pas. Cependant il existe une prédisposition à développer ce trouble chez les personnes porteuses de variants génétiques que l’on ne connait pas tous encore aujourd’hui. Cette composante génétique de prédisposition explique en partie les cas familiaux. On estime qu’une personne dont l’un des deux parents a souffert d’un EDM présente 2 à 4 fois plus de risque d’être dépressive que la population générale.

A cette prédisposition, s’associe un facteur environnemental « déclencheur » qui est très souvent une situation de stress intense comme le décès d’un proche, une rupture amoureuse ou encore une situation d’exclusion sociale comme une perte d’emploi par exemple.

La dépression se caractérise souvent par des épisodes dépressifs majeurs multiples, espacés dans le temps. On estime à 60% le risque de rechute après un 1er EDM, risque qui atteint 90% après le 3ième épisode.

 

LES SYMPTÔMES ET LE DIAGNOSTIC DE DÉPRESSION

Selon les critères du DMS5 (5ième édition du manuel de diagnostic et de statistiques des troubles mentaux), la dépression se définit par un état de tristesse ou d’apathie (perte d’envie et/ou de motivation), l’un ou l’autre de ces symptômes persistants étant associé à 4 des 7 troubles suivants :

  • Un trouble de l’appétit
  • Des troubles du sommeil
  • Une difficulté à s’adapter aux situations nouvelles ou inhabituelles
  • Une hyperactivité ou un ralentissement moteur
  • Une fatigue sévère
  • Un sentiment de culpabilité ou de dévalorisation
  • Des idées suicidaires

Il existe également des symptômes plus complexes comme un déficit d’empathie, c’est-à-dire une difficulté à reconnaitre les émotions et les sentiments des autres. Ces troubles sont en particulier à l’origine de la difficulté à s’adapter socialement ce qui conduit à un repli sur soi, amplifiant alors les symptômes primaires.

Les symptômes de la dépression

A l’ICM

A l’ICM, Bénédicte BATRANCOURT chercheuse INSERM dans l’équipe de Richard LEVY  a mené le projet ECOCAPTURE, permettant de mesurer le niveau d’apathie et d’en préciser la forme.

L’apathie se caractérise par une perte de motivation, d’envie, d’émotions, et d’un déficit des capacités permettant d’exécuter et d’initier des comportements utiles.

C’est le symptôme le plus fréquent observé chez les patients atteints de dépression et des maladies d’Alzheimer et de Parkinson. Jusqu’à présent ce syndrome était peu connu, mal élucidé et son évaluation subjective.

Cette nouvelle méthode de mesure, simple et objective, ouvre la voie aux études corrélant le degré d’apathie à l’évolution des maladies neurologiques et psychiatriques et de mesurer l’effet des traitements sur ce syndrome. 

 

LES MECANISMES BIOLOGIQUES DE LA DÉPRESSION

La dépression résulte d’un dysfonctionnement de la transmission de l’information d’un neurone à un autre au niveau du cerveau. Entre deux neurones, il existe un intervalle, appelé synapse, dans lequel le neurone qui transmet l’information rejette des molécules, les neurotransmetteurs, qui sont captés par le neurone qui reçoit l’information. La capture des neurotransmetteurs par un neurone entraine la génération d’un courant électrique, l’influx nerveux, qui transite par l’axone, le prolongement du neurone, jusqu’à la synapse suivante et déclenche la sécrétion des neurotransmetteurs.

Un dérèglement de la production et de la capture de 3 neurotransmetteurs majeurs est à l’origine du développement de l’épisode dépressif majeur.

  • La sérotonine qui a pour fonction d’équilibrer le sommeil, l’appétit et l’humeur
  • La dopamine, responsable de la régulation de l’humeur et de la motivation
  • La noradrénaline qui gère l’attention et le sommeil

Ces neurotransmetteurs sont présents dans de nombreuses régions du cerveau. Par imagerie cérébrale fonctionnelle (IRM fonctionnelle), il est possible d’identifier les zones cérébrales les plus impliquées dans la dépression.

La dépression est un trouble affectant la dynamique des réseaux cérébraux impliqués dans la régulation émotionnelle, le contrôle cognitif et la référence à soi.

A l’ICM

Le projet ANR « SENSO » coordonné par le Pr Philippe FOSSATI a permis de définir des marqueurs d’imagerie cérébrale permettant de faciliter l’établissement du diagnostic de dépression. Par IRM fonctionnelle il a été possible d’identifier un dysfonctionnement d’un réseau reliant différentes régions cérébrales. En conditions normales, ce réseau neuronal a pour rôle de déterminer quelles stimulations extérieures sont dignes d’intérêt.

Ce projet a entre autre permis de mettre en évidence le rôle du cortex médial préfrontal qui joue un rôle dans la tristesse et l’auto-dévalorisation de soi, du cortex dorso latéral préfrontal gauche impliqué dans la mémoire de travail et du précunéus associée aux ruminations.

Image d’IRM fonctionnelle, les régions activées sont identifiées en jaune.

 

LES TRAITEMENTS DE LA DÉPRESSION

Une fois le diagnostic de dépression posé, plusieurs approches thérapeutiques peuvent être mise en place.

Les traitements médicamenteux constituent les traitements de 1ere intention. Ces traitements agissent pour la plupart sur l’équilibre de la production des neurotransmetteurs, la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine. Plusieurs molécules thérapeutiques sont parfois associées.

Récemment, une nouvelle molécule l’ESKETAMINE a obtenu une autorisation de mise sur le marché en spray nasal dans le traitement de la dépression.

Retour sur ce nouveau médicament avec le Pr FOSSATI.

Néanmoins, 38% des patients ne répondent pas aux traitements médicamenteux et 54% d’entre eux ne montrent aucune rémission des symptômes après 12 semaines.

Pour ces patients dits « pharmaco-résistants » des traitements physiques sont envisagés.

Ces thérapies sont basées sur des stimulations électriques ou magnétiques transcrâniennes (non invasives) des régions cérébrales identifiées comme étant impliquées dans le développement de la maladie.

La stimulation magnétique transcrânienne consiste à utiliser un champ magnétique au niveau du cortex cérébral pour modifier l’activité électrique qui permet la transmission des informations entre les neurones. Cette thérapie a montré son efficacité dans d’autres pathologies psychiatriques et neurologiques et semble fonctionner dans le cas de la dépression.

Les électrochocs, un peu plus invasifs montrent une grande efficacité chez les patients les plus sévères. Il s’agit là non plus de champ magnétique mais de stimulations électriques de régions particulières du cortex.

Enfin, pour les cas de dépression les plus sévères, résistantes aux autres thérapies, les stimulations cérébrales profondes sont indiquées. Ces stimulations sont réalisées grâce à des électrodes implantées dans des régions spécifiques du cerveau et qui délivrent, à la manière d’un pacemaker pour le cœur, des stimulations électriques permanentes sur les neurones de régions du cerveau très ciblées. A ce jour seulement 200 patients dans le monde sont traités par cette technique.

En association avec ces traitements, les psychothérapies, les thérapies comportementales et la méditation sont des prises en charges thérapeutiques très bénéfiques pour la prévention des récidives d’épisode dépressif majeurs.

Le neurofeedback par exemple, une technique utilisée pour s’auto-relaxer et modifier son niveau de stress pourrait contribuer à l’amélioration des troubles de l’attention chez les personnes dépressives.

A l’ICM

La start-up HEALTHY MIND, incubée à l’ICM propose des casques de réalité virtuelle à l’usage des professionnels de santé afin de réduire l’anxiété des patients en pré ou post opératoire. Cette approche pourrait être bientôt étendu aux patients souffrants de troubles anxieux.

La start-up ADSCIENTIAM, incubée à l’ICM propose elle des dispositifs digitaux permettant le suivi continu de l’évolution de la maladie dans la vie réelle afin d’accélérer les prises de décisions thérapeutiques.