la conscience, une affaire de neurones

Recherche Mis en ligne le 8 janvier 2013
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La conscience, une affaire de neurones

Identification d’une zone du cerveau impliquée dans la conscience qui accompagne la perception visuelle de l’environnement. Ces travaux récents ont été menés à l’ICM en collaboration avec une équipe espagnole.

 

Attendre au feu rouge que le petit bonhomme passe au vert pour traverser, c’est de l’attention volontaire mais reculer précipitamment parce qu’une voiture arrive en trombe sans s’annoncer, c’est un réflexe lié à une attention involontaire ou automatique. Dans tous les cas, la vision, la perception de l’environnement est indispensable pour avoir conscience de celui-ci et y évoluer sereinement. Des chercheurs viennent d’identifier les mécanismes à la base de cette connexion entre l’attention et la conscience.

La stimulation transcranienne utile aux recherches

Pour cela, ils ont soumis des volontaires sains à des tests visuels et ont étudié leur capacité à percevoir différents signaux. Certains étaient évidents, d’autres beaucoup plus discrets, « à la limite du seuil de perception », clarifie Paolo Bartolomeo*, coauteur des travaux.
En parallèle, les chercheurs ont observé leur activité cérébrale grâce à l’imagerie médicale par IRM fonctionnelle. Ils ont ainsi identifié plusieurs zones activées lors de la perception et de la prise de conscience de ces signaux.
Afin de confirmer le rôle de ces zones, ils ont complété leurs travaux auprès d’autres volontaires sains en effectuant cette fois une stimulation cérébrale transcranienne. Cela consiste à appliquer des décharges légères et transitoires dans des zones ciblées du cerveau afin d’en perturber le fonctionnement et observer les conséquences.

Une zone du cerveau bien identifiée

Des décharges effectuées dans une zone particulière du cerveau appelée champ oculomoteur frontal, ont entrainé une réduction de la capacité des sujets à percevoir certains signaux. « Cela confirme qu’il s’agit d’une zone importante de connexion entre l’attention portée au signal et la conscience que l’on a de celui-ci », explique le chercheur. Concrètement, les sujets réalisaient moins bien la présence des signaux proches du seuil de perception dans le champ visuel situé à l’opposé de l’hémisphère stimulé.

Une piste pour traiter les patients atteints de négligence spatiale
« La zone du cerveau concernée, le champ oculomoteur frontal se trouve dans le lobe frontal et est paradoxalement situé loin du cortex visuel niché dans la partie postérieure du cerveau », raconte le chercheur. « En agissant sur ce réseau, nous pourrions envisager de traiter les patients présentant une négligence spatiale ». Ces personnes n’ont pas de problème de vue mais n’ont pas conscience de ce qui se trouve dans une partie de leur champ visuel. Elles se cognent aux portes et aux fenêtres ouvertes ou encore ne mangent que la moitié de leur assiette. « On pourrait également imaginer d’améliorer la conscience perceptive chez tous en stimulant ce réseau neuronal ! », conclut-il.

 

*(Inserm U975, Centre de Recherche de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière)

Sources :
– Ana B. Chica*, Pedro M. Paz-Alonso, Antoni Valero-Cabré* & Paolo Bartolomeo*
Neural bases of the interactions between spatial attention and conscious perception.
Cerebral Cortex 2012 doi:10.1093/cercor/bhs087
– Ana B. Chica, Antoni Valero-Cabré, Pedro M. Paz-Alonso & Paolo Bartolomeo. Causal Contributions of the Left Frontal Eye Field to Conscious Perception.
Cerebral Cortex 2012 doi:10.1093/cercor/bhs357