Maladie d’Alzheimer : les variations du système immunitaire dans le cerveau se reflètent sur la progression de la maladie

Recherche Mis en ligne le 24 avril 2018
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Les équipes du Centre Hospitalier Ste Anne, de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière, du centre de Recherche St Antoine et de l’Université Paris Sud ont mis en évidence un lien entre la progression de la maladie d’Alzheimer et l’activation du système immunitaire du cerveau. Les résultats sont publiés dans la revue Brain.

La maladie d’Alzheimer est caractérisée par deux types de lésions : les lésions amyloïdes dues à des agrégats de peptides Aβ et les dégénérescences neurofibrillaires qui sont dues à l’accumulation dans les neurones de protéines Tau hyper-phosphorylée. Leur présence entraîne l’activation à long terme de la microglie, les cellules immunitaires du cerveau, associées à la production de molécules inflammatoires.

L’impact exact de cette activation chronique du système immunitaire sur l’évolution de la maladie reste encore mal compris, des effets bénéfiques et délétères de la microglie ayant été rapportés à différents stades de la maladie d’Alzheimer.

Une étude collaborative coordonnée par Marie Sarazin au Centre Hospitalier Ste Anne et impliquant l’équipe de Marie-Claude Potier, l’équipe de Bruno Dubois et le Centre d’acquisition et de traitement des images (CATI) à l’ICM, s’est intéressée au lien entre l’activation de la microglie et la progression des symptômes cliniques de la maladie d’Alzheimer dans le temps.

Les chercheurs ont suivi une cohorte de 58 patients atteints de la maladie d’Alzheimer, à des stades précoces et avancés, sur 2 ans. Ils ont mesuré l’activation de la microglie chez ces patients et ont évalué la progression de la maladie à intervalle régulier par des examens cliniques et neuropsychologiques.

Leurs résultats montrent que les patients qui présentaient initialement une activation plus importante de la microglie déclinaient moins vite. Les patients dont l’activation microgliale était la plus faible lors de l’examen initial sont aussi ceux qui l’ont vu croître le plus par la suite, associée à une évolution défavorable de la maladie. Ils suggèrent ainsi qu’une activation initiale élevée de la microglie serait associée à un meilleur pronostic de la maladie et l’effet délétère de l’inflammation à long terme sur la progression clinique de la maladie.

Dans leur ensemble, ces résultats proposent deux profils d’activation du système immunitaire cérébral distincts avec un impact différent sur la progression de la maladie :

  • Une activation initiale élevée de la microglie qui évolue peu, associée à une évolution plutôt lente des symptômes de la maladie.
  • Une activation initiale faible de la microglie mais qui évolue plus rapidement au cours du temps, associée à un déclin plus rapide.

Ces profils pourraient dépendre plutôt du patient que du stade de la maladie puisqu’ils ont tous deux été retrouvés chez des patients à différents stades la maladie. La mesure précoce de l’activation microgliale pourrait ainsi constituer un outil important pour adapter la prise en charge au profil de chaque patient et pour les inclure dans des essais cliniques.

Référence :  Distinct dynamic profiles of microglial activation are associated with progression of Alzheimer’s disease. Hamelin L, Lagarde J, Dorothée G, Potier MC, Corlier F, Kuhnast B, Caillé F, Dubois B, Fillon L, Chupin M, Bottlaender M, Sarazin M.
Brain. 2018 Mar 28.