Serge Kinkingnehun, « détecteur d’innovation » à l’ICM

Recherche Mis en ligne le 1 février 2017

Serge Kinkingnehun ©ICM

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Serge Kinkingnehun a rejoint l’équipe de la DAR, en tant que Responsable Développement Technologies Médicales (Med Tech). Ingénieur de formation, et fondateur de la société EyeBrain en 2008, Serge Kinkingnehun a pour mission de valoriser les technologies médicales de l’ICM et de déceler les innovations valorisables parmi les équipes de recherche de l’ICM.

En quoi vont consister vos missions à l’ICM ?

Ma mission est de « fouiller » dans ce qu’ont développé les chercheurs pour identifier ce qui est innovant et ensuite breveter des dispositifs afin de les licencier ou aider à la création de startups qui puissent les exploiter. Par ailleurs, je soutiens les business développeurs qui ont pour mission d’apporter des contrats aux plateformes techniques.

Pour valoriser les développements qui sont faits dans l’Institut nous avons donc plusieurs solutions. Soit nous licencions des produits, pour récupérer des royalties (pourcentage perçu lors de la vente d’un produit), soit nous suscitons la création de startups.

Mon rôle ici va consister à identifier quelles idées nous pourrions mettre sur le marché, à quels clients nous pourrions les adresser, et à définir comment faire en sorte que les produits développés correspondent au mieux aux besoins des clients. La dernière étape consiste ensuite à réaliser le démarchage commercial.

Vous allez vous concentrer sur les Med Tech, qu’est-ce que cela désigne exactement ?

Les Med Tech, ou Technologies Médicales, regroupent en résumé l’ensemble des outils médicaux. C’est une définition assez large, car cela englobe aussi bien les IRM, le matériel informatique, les applications santé, que les cœurs artificiels… A l’ICM nous intégrons les plateformes « cliniques » dans le domaine des Med Tech, comme le Living Lab cLLAPS, et Prism.

Aujourd’hui certains domaines sont « à la mode » : par exemple les serious games, le neurofeedback, les implantations (ces médicaments que l’on administre via des patchs, ou les neurostimulations), les objets connectés, le big data, et la collecte d’informations sur les patients pour développer la médecine personnalisée. Ce sont de grandes tendances, mais d’autres choses peuvent tout à fait émerger.

Est-ce une approche totalement nouvelle à l’Institut ?

C’est effectivement nouveau que l’ICM soit proactif sur ces activités. Il y a par ailleurs une volonté de certains mécènes que cela se développe.

L’Institut produit beaucoup de recherches, développe beaucoup de choses, et les chercheurs n’évaluent pas toujours le potentiel de leurs développements d’un point de vue économique. Notamment parce que ce n’est pas leur formation, et aussi parce que ce n’est pas leur rôle. Mais certaines innovations peuvent être utilisées dans le civil, et particulièrement en milieu hospitalier pour aider les soins.

La startup du Pr Carpentier, Carthera, à l’ICM, est un bon exemple de valorisation réussie. Dans ce cas, c’est un chercheur qui a eu la volonté d’amener et de porter le projet. Cependant les scientifiques ne souhaitent pas toujours sortir de leur recherche pour aller créer une entreprise. La DAR est là pour accompagner les idées et faire du transfert de technologies. Elle le faisait auparavant principalement avec de la recherche de marchés, ou avec des licences. Maintenant nous pouvons envisager la création d’entreprises, et nous pensons qu’il y a un gros potentiel à ce niveau.

Quel a été votre parcours ?

Après un Bachelor en biochimie aux Etats-Unis, je suis revenu en France pour travailler en cartographie 3D et en télédétection satellite dans un laboratoire CNRS. J’ai poursuivi avec une thèse en imagerie informatique à la Pitié-Salpêtrière dans le domaine de la radiologie en neurologie interventionnelle, pour travailler sur la détection des scléroses artérielles et des anévrismes.

J’ai ensuite participé à un programme de recherche utilisant l’IRM pour la détection des maladies neurodégénératives, avec les Pr Dubois et Lehéricy, dans le cadre du projet IRMA. J’ai aussi travaillé de façon transversale avec beaucoup d’équipes de recherche, notamment avec celle du Pr Marie Vidailhet, et notamment sur leur méthode permettant d’aider à poser un diagnostic précoce et discriminant des syndromes parkinsoniens à partir de l’analyse des mouvements du regard, avec l’utilisation de l’eye tracker. J’ai modernisé leurs outils, et automatisé l’analyse, ce qui m’a permis de créer la société EyeBrain en 2008. Et nous avons ensuite appliqué cette technologie à beaucoup d’autres maladies neurologiques et psychiatriques (maladie d’Alzheimer, dyslexie, schizophrénie, hyperactivité, addictions, encéphalopathie hépatique …).

Avec EyeBrain, j’ai levé plusieurs millions d’euros auprès d’investisseurs, et reçu des subventions régionales, françaises, et européennes. Nous avons pu placer ce produit dans 40% des CHU en France, et nous faisions 60% du Chiffre d’Affaires à l’étranger lorsque j’ai cédé la société en décembre 2015.

Depuis cette cession, j’accompagne des startups du point de vue stratégique, toujours dans le domaine médical, pour aider à développer les produits, lever de l’argent, faire les études de marché, et trouver l’orientation stratégique à utiliser.

Avez-vous déjà repéré des innovations à l’ICM ?

Les projets m’ont presque sauté à la figure ! J’ai déjà des idées de développement, ensuite il faut tester. Les chercheurs me font part de leurs idées, et il y a beaucoup de travail sur beaucoup de domaines différents. Il faut prioriser et structurer.

On travaille par exemple actuellement sur un outil développé par le Living Lab, une séparation de lits dans les chambres des patients, que nous sommes en train d’essayer de valoriser auprès de partenaires. Nous souhaitons dans ce cas licencier le projet pour récupérer des royalties au profit de l’ICM.

Quelles sont les prochaines grandes échéances à venir ?

J’ai commencé à voir les différentes plateformes, qui sont riches en projets exploitables. Je dois aller voir les équipes de recherche également, pour avoir déjà un état des lieux, et il faudra ensuite faire des choix, prioriser les projets à valoriser. Pour le business, comme en science, il y a des règles à suivre pour optimiser le développement d’entreprises.

Comment votre mission pourra-t-elle répondre aux défis de société actuels ?

Ce qui m’intéresse c’est de rapporter très rapidement des idées et des innovations au public. Car c’est lui qui finance la recherche, il faut donc qu’il y ait une contrepartie, et je pense que l’ICM a pris la bonne voie en ce sens. Ce qui est concret pour ceux qui ne font pas de la recherche, ce sont les applications directes au quotidien, qui rendent visible et palpable tout ce qui est développé par les scientifiques.