Syndrome Gilles de la Tourette : les impulsions motrices ne prédisent pas les tics des patients

Recherche Mis en ligne le 28 janvier 2020
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Cyril Atkinson-Clément (ICM) et Yulia Worbe (Sorbonne Université/APHP) dans l’équipe « MOV’IT : mouvement, investigations, thérapeutique. Mouvement normal et anormal : physiopathologie et thérapeutique expérimentale» à l’ICM, montrent que le contrôle de l’impulsivité motrice, ce trait qui caractérise la capacité à inhiber un mouvement ou une action déjà commencé, n’est pas corrélé avec les tics chez les patients atteints du syndrome Gilles de la Tourette. Ces résultats, publiés dans la revue Cortex, apportent un nouvel éclairage sur cette pathologie complexe.

 

 

Le syndrome Gilles de la Tourette est une pathologie neuropsychiatrique et neuro-développementale très hétérogène qui se caractérisent par des tics, des mouvements brusques et répétés involontaires. Ces derniers apparaissent durant l’enfance, autour de 6-7 ans, et sont presque toujours associés par la suite à des symptômes psychiatriques. Une autre particularité de ce syndrome est qu’il se résorbe ou s’améliore spontanément à l’âge adulte chez environ 25% des patients. Pour les 75% restants, les symptômes peuvent se maintenir ou même s’aggraver. Un enjeu dans cette pathologie est donc de comprendre pourquoi certains patients s’améliorent spontanément afin de pouvoir développer des stratégies thérapeutiques pour aider les autres.

 

Le groupe de Yulia Worbe dans l’équipe de Marie Vidailhet et Stéphane Lehéricy à l’ICM s’intéresse à un facteur qui pourrait être prédictif de l’évolution des patients : l’impulsivité.

 

« L’impulsivité est un trait qui caractérise le fait d’effectuer une action sans en anticiper les conséquences. La majorité d’entre nous ne le faisons que de temps en temps alors qu’il se pourrait que les patients atteints du syndrome Gilles de la Tourette le fasse davantage. Toutefois, la notion d’impulsivité est complexe et hétérogène puisqu’elle peut concerner de simples actions motrices, la cognition ou encore nos prises de décision.» explique Cyril Atkinson-Clément, premier auteur de l’étude.

 

Dans la présente étude, Cyril Atkinson-Clément et Yulia Worbe se sont concentrés sur l’impulsivité motrice réactive, la capacité à arrêter une action qui a déjà été programmée. Les chercheurs ont fait passer à 26 sujets sains et 50 patients atteints du syndrome Gilles de la Tourette une tâche dite de contre-ordre dans laquelle ils ont demandé aux participants de réaliser une action puis dans certains cas, d’arrêter cette action. Ils ont ensuite observé si les sujets parvenaient à stopper leur action et le temps nécessaire entre le début de la programmation motrice et la présentation du contrordre pour réussir à stopper cette action. Plusieurs variables étaient prises en compte chez les patients : la présence de comorbidités comme des troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité, des troubles obsessionnels compulsifs ou encore la prise d’un traitement pour les symptômes de la maladie.

 

Les chercheurs mettent en évidence que tous les patients ne présentent pas d’impulsivité motrice. Seul le groupe de patients sous médication avaient plus de difficultés à arrêter leurs actions. La médication réduit donc la fréquence et l’intensité des tics mais augmente en contrepartie l’impulsivité motrice. L’idée sous-jacente est que si la diminution des tics par le traitement, empire les capacités d’inhibition d’action, alors les tics ne dépendent pas de l’impulsivité motrice.

 

L’équipe s’est intéressée aux réseaux neuronaux qui pourraient être impliqués dans cette impulsivité. En étudiant un ensemble de régions du cerveau connues pour participer à stopper une action en cours, aussi connu sous le nom de voie hyper-directe, ils montrent que cette voie semble activée différemment chez les patients qui présentaient une impulsivité motrice.

 

« Notre étude montre que l’impulsivité motrice n’est pas prédictive des tics. On a souvent tendance à penser que les tics sont des mouvements donc que leur origine sont des problèmes d’inhibition d’action. Ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, nous n’avons aucun marqueur du syndrome Gilles de la Tourette. Le diagnostic ne se fait que sur la base de symptômes cliniques, les tics. La recherche de marqueurs prédictifs de l’évolution de la maladie est un enjeu majeur pour mieux prendre en charge les patients.» conclut Yulia Worbe.

 

 

Source

 

Neural correlates and role of medication in reactive motor impulsivity in Tourette disorder.

Atkinson-Clement C, et al. Cortex 2019.